Vivre à Saint Crépin-Ibouvillers

MONTHERLANT

Le village s’étale sur 518 ha et comprend trois hameaux : Verteville, Montoiselle, Pontavesne.
L’étymologie du nom de Montherlant est composé de « mont(s) indiquant une hauteur et d’une racine Germanique signifiant
« tilleuls » : la colline couverte de tilleuls. La commune s'est également appelée Mons-Herlandi en 1179, Mons-hellant en 1224, Montharlent, Montharlan. Toutefois la mémoire collective donne comme explication « le mont hurlant » à cause des vents d’Ouest en provenance la vallée de Pouilly.


Une première mention en 1190 fait acte d’une donation par le roi de France, Philippe Auguste, des terres de Montherlant, de Verteville et de
Pontavesne, au seigneur de Montchevreuil.
A l’origine le village était constitué de quelques chaumières disposées à flanc de coteau le long de « la rue à cailloux » et dominées par
le château. Aujourd'hui, sept panneaux touristiques permettent la visite à pied du village. Le mois de février 2015 a vu le rapprochement de la commune de Montherlant avec celle de St Crépin-Ibouvillers, distante l’une de
l’autre de trois kilomètres seulement.

Le bourg

En 1826, la commune s’associe avec celle de Pouilly mais une scission intervient en 1831 suite à un désaccord sur l’entretien des deux villages.
Un violent incendie se déclare au centre du bourg dans la nuit du 9 au 10 janvier 1841. Les toitures en chaume vont permettre la
propagation rapide du feu sur cinq maisons dont celle de l’épicier. Une allocation est accordée par le cabinet du Roi (Louis Philippe 1er ) à la demande du maire de l’époque, Monsieur Antoine MILLON, aux habitants « sans asiles et sans ressources ». Un second incendie surviendra le 8 octobre 1848.
L’absence de ravitaillement en eau est un grave problème pour les villageois. En 1843 Monsieur MILLON offre à la commune une pompe. La mare, insuffisante pour les besoins de la population, est agrandie en 1877.
1897, pose d’un candélabre pour éclairer l’emplacement de la boite aux lettres trop sombre. 1882 achat d’une nouvelle « pompe deux corps en cuivre »


En 1892, le propriétaire du château de Pontavesne, Monsieur Gustave Lebaudy, installe dans la ferme attenante une distillerie sucrière. L’ autorisation stipule « que les eaux de lavage devront être, avant leur renvoi dans la mare, clarifiées de manière à
ne pas souiller les eaux » 1907 : création d’un service téléphonique.
En 1925 une demande est faite auprès du Préfet pour installer une « tuerie d’animaux de boucherie » Après la fermeture de cet abattoir pour faute d’hygiène, une autre demande est accordée en 1927 au propriétaire du café-épicerie. 1927 : ouverture de l’agence postale. Elle sera démolie en 1985. 1927 : demande d’électrification des bâtiments communaux. L’année suivante la poste sera électrifiée par la Sté Nord Lumière.
L’extension du réseau est financée partiellement par souscription auprès des habitants pour la somme de 1900 francs
Le premier tracteur agricole (36cv) est recensé à Montherlant en 1937.

Le château

La date exacte de construction du château n’est pas connue. Toutefois le registre paroissial mentionne en 1694 la présence à un baptême de la « fille de chambre » de Madame De Combes de Lys, épouse de Claude César De Combes, propriétaire du château.
Le monument se compose d’un corps de bâtiment central entouré de deux ailes. La construction est constituée de briques et pierres dont certaines moulurées. Le perron d’entrée est gardé par deux sculptures en terre cuite représentant des lions. Monsieur Combesdécède en 1707. Le registre mentionne « Messire Claude César De Combes, chevalier, seigneur et Patron de Montherlant » Le château fut acheté le 8 novembre 1755 à Madame De Combes de Lys par Antoine MILLON Écuyer, Coureur de vin de
l'échansonnerie-bouche de Sa Majesté -Seigneur de Montherlant et de La Verteville,.


Son fils, François Millon, avocat au Parlement, élu député au Tiers-Etat au moment de la révolution, représente le baillage de Beauvais aux Etats Généraux. Il sera guillotiné en 1794 pour avoir caché un émigré. Nicolas Charles Millon, vend ses parts de la propriété (84 ha) en 1843 à son frère Antoine Fréderic. Celui-ci n’en profite guère car il
décède en 1846. Sa veuve cède alors le château à Monsieur Jousselin, la ferme à l’ancien régisseur Monsieur Lebesque , et une partie des terres et bois située près de Pouilly à Monsieur Daudin. C'est par un décret impérial du 31.12.1864 que Nicolas Charles Millon et ses trois fils , Charles, Frédéric et Marie-Charles-Camille ont
été autorisés à ajouter à leur patronyme celui de MONTHERLANT et à se nommer légalement « MILLON de MONTHERLANT"
(Jugement du Tribunal Civil de Beauvais du 14.02.1866).
L’écrivain Henry Millon , élu à l’académie Française en 1960, prendra également le pseudonyme de Henry Millon de Montherlant. Toutefois il n’habitera jamais le château. Etant jeune il passera quelques vacances dans la maison familiale de Valdampierre. Dans ses mémoires il indique avoir emprunté le chemin de Valdampierre pour voir de l’extérieur le château de ses ancêtres. Il profitera de ce séjour pour en dessiner une esquisse. Les abords et la cour du château serviront pour quelques scènes du téléfilm « Marie Curie – une certaine jeune fille » de Pierre Badel, tournées en 1965 avec Marie Dubois dans le rôle principal. Une demande des studios Pathé avait été faite auprès de la mairie pour fournir deux carrioles et les chevaux.

L’église

 

Comme beaucoup d’église, celle de Montherlant a subi les sévices du temps et ceux des hommes.
L’église « Notre Dame de l’Assomption » est placée sous la protection de la vierge Marie comme en témoigne la cartouche située sous
le fronton du porche ou l’on peut lire « AVE MARIA ». Elle a été classée au titre de Monument Historique en 1970.
Elle est enclavée dans une ancienne parcelle du château et se compose de trois parties distinctes, édifiées à des époques différentes :
la nef, le choeur et le clocher, le porche.

1 – LA NEF
Certainement très ancienne comme en témoigne la porte romane chanfreinée sur le coté Nord, typique de la période du XI/XIIe siècle, appelée également « porte des morts » car elle est située dans le royaume de l’ombre. Cette porte ouvrait sur le cimetière. Les fenêtres sur les cotés Nord et Sud, en arcs surbaissés, sont ébrasées des deux cotés et confirment son ancienneté. Les murs, très épais
(1m) sont en cailloux avec silex et le liant en mortier de chaux. L’absence de fondation a entrainé des problèmes d’humidité déjà relatés dans un compte-rendu de travaux en 1860 ce qui entrainera
la pose des gouttières l’année suivante pour la somme de 139.40 francs. Ces travaux sont actés lors d’un conseil municipal présidé par
le maire de l’époque, Jean Lemaitre – cultivateur. A l’origine, la nef possédait, comme c’était souvent le cas dans ces églises rurales,
une toiture en chaume.
En 1863, un plafond en plâtre sur lattes de chêne est réalisé. Ces lattes reposaient sur des poutres de réemploi comme en témoignent
les traces de mortaises. Le curé de l’époque avait souhaité une réalisation avec des voutes d’ogive en pierre comme dans le choeur
mais ces travaux sont jugés trop onéreux pour le modeste budget de la commune.
En 1896 Monsieur Lebaudy, propriétaire du château de Pontavesne, fait don d’un orgue harmoniphrase, installé sur le balcon. En 1902
il offre l’autel comme en témoigne une petite plaque en cuivre.

2 – LE CHOEUR et le clocher

A l’origine, l’église ne possédait ni choeur ni clocher. Ce n’était qu’une simple construction paysanne. Les premiers clochers
apparaissent au cours du XIIe et sont positionnés sur le coté. Par la suite, ils prennent place au dessus du choeur. C’est le cas de l’église
de Montherlant. La tour, soutenue par des voûtes en croisée d’ogive recevait un toit en bâtière. Les traces des abat-sons sont encore
visibles sur les murs Nord et Sud. En 1963 ce clocher est reconstruit avec huit pans couverts d’ardoises pour la somme de 21102 francs
dont 1800 frs de dons. Les deux travées du choeur sont contemporaines au XVIe siècle mais réalisées à une période différente. La largeur et l’orientation ne
sont pas les mêmes. Toutefois la mise à jour sur le mur Est d’une fenêtre trilobée lors de travaux réalisés par la Communauté de Communes en 2012 confirmeront une construction plus ancienne, à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle. Ces dates sont
confirmées par des peintures polychromes. Elles représentent des roses stylisées et des fleurs de lys peintes à l’ocre rouge. En 1831 le préfet de l’Oise demande que les « emblèmes royaux » sur tous les monuments, soient cachés. Cette fenêtre sera restaurée et recevra un vitrail figuratif qui représente la vierge et le St Esprit. Le dessin a été réalisé par Bénédicte LEFEVRE en 2011. Le maitre verrier est Mr COURAGEUX de Crèvecoeur Le Grand.

3 -LE PORCHE et le pignon Ouest

Le porche s’inspire de l’architecture gréco-romaine avec un fronton triangulaire mouluré rare sur un monument religieux. il a été
installé en 1836. Les archives mentionnent « reconstruit » et n’est pas sans rappeler celui qui orne le château de Pontavesne
(coïncidence ?). La clé de voute représente un « coeur ardent ». La partie inférieure est gravé d’un médaillon. Coté intérieur, une
console repose sur trois pyramides. A l’opposé, une autre console se termine par un globe.
L’emplacement de deux pierres de taille sur le fronton, laisse supposer la présence d’un ancien porche en bois. Au dessus de l’oculus
une console surmontée d’une croix recevait une statue. Le médaillon sous la console est gravé d’ un visage entouré de soleils.
Le carrelage du porche est refait lors de la campagne de travaux de 1864/65.

 

Le château de Pontavesne

 

Situé à proximité du village se trouvent les ruines d’une ancienne demeure de Maitre. Son histoire est partiellement connue grâce aux archives familiales de l’actuel propriétaire. En 1158 une charte de l’archevêque de Rouen, Hugues, confirme la donation des terres de Pontavesne à l’abbaye du Val, dépendant de l’ordre religieux de Cîteaux. Une autre source mentionne que les terres sont données par le roi Philippe AUGUSTE en 1190 au seigneur de Montchevreuil pour
service rendu. Celui-ci en fait don à un nouvel ordre religieux, les Feuillants, qui dépendent de l’ordre des Prémontrés dont la maison mère se situait « rue neuve St Honorée » à Paris. A la révolution Française les biens sont annexés et les terres vendues aux enchères le 21 mai 1791. C’est Antoine François Marin de BREANT qui en devient le propriétaire. Son fils Urbain François en hérite. Une lettre de 1827 indique
« à Monsieur le Baron Bréant en son château de Pontavesne » Si la date n’apporte pas de précision sur l’origine de la bâtisse, elle situe néanmoins la période de construction. La château passe en 1865 aux mains de Gustave LEBAUDY qui a fait fortune dans le sucre. Le texte notarié fait état « d’un château moderne en pierres de taille » Il est alors vendu 670000 francs. En 1901 il est encore habité. Un acte notarié de 1929 fait état des ruines du château. Cet état de fait est probablement dû à un manque d’entretien après le décès de Monsieur LEBAUDY. Ce bâtiment
se caractérise par une façade principale tournée vers l’Est. Un fronton triangulaire au centre du bâtiment rappelle celui de l’église. Il surplombe un double escalier semi circulaire indépendant. Dans l’entresol, une galerie voutée longe des murs. Elle est alternée par de nombreuses niches qui devaient contenir des statues à
l’époque de la splendeur du château. Le sol du rez-de-chaussée repose sur des poutrelles métalliques, concept novateur pour l’époque. Les textes notariés mentionnent la présence d’une « orangeraie ». A proximité, un monticule de terre révèle une ancienne glacière.
Dans les années 1840 le site attirait de nombreux visiteurs grâce à son magnifique jardin et à la présence d’une curiosité, un dolmen en son centre. De nombreuses légendes courrent au sujet de ce château.

Le cimetière

Quelques personnages ayant participé de près ou de loin à la vie du village, sont enterrés dans le cimetière. LAMBERT Jean Charles est né à Montherlant le 16 août 1768. Son nom apparaît dans le recensement des « vainqueurs de la Bastille » prise le 14 juillet 1789. Il sera enterré au cimetière du village en 1846. LAMBERT Pierre Louis, frère du précédent, né en 1773, terminera sa carrière comme capitaine des armées Napoléoniennes. Il sera maire de Montherlant à partir de 1843. Il est également enterré dans le cimetière du village. LEROUX Augustin, capitaine des armées Napoléoniennes au 52è régiment d’infanterie de ligne, il participa aux différentes campagnes de 1806 à 1814. Enterré à Montherlant le 16 août 1826. Baron BREANT décédé en 1864, propriétaire du château de Pontavesne. Sa tombe, comme la bâtisse qu’il fit construire, a la particularité d’être orientée plein Est. Famille MILLONTiré des souvenirs de Louis Béguin Billecocq, oncle de l’écrivain Henry de Montherlant, après l’enterrement de son beau frère Joseph de Montherlant le 17 mars 1914 : « Derrière le château, tout contre et comme en faisant partie, la modeste église – une chapelle plutôt – s’entourait en contrebas de quelques tombes. La bière fut déposée dans une fosse creusée à même le sol, ni caveau, ni maçonnerie, ni dalle… ».


C’est dans l’enclos réservé à la famille que se trouvent les tombes des parents de l’auteur de « la reine morte ». Un ancien calvaire prône au centre du cimetière. Il sera restauré en La première guerre mondiale apportera un lourd tribu au village. Douze noms d’anciens combattants figurent sur le monument aux morts pour une population de 120 âmes au début du conflit. Un nouveau monument aux morts fut inauguré le 8 Mai 2015 en leur mémoire.

Textes recueillis par M. Philippe BISSON